Les prémices
Depuis Rome jusqu’au Beaujolais du XVIIème siècle
Selon les textes recueillis, les premières vignes datent d’avant l’arrivée Romaine. Mais on prend ce point d’ancrage comme première source de développement majeur. Les premières céramiques vinaires trouvées datent de 59 avant J-C. Elles situent les premières vignes romaines autour du Rhône et de la Saône. Ces deux voies fluviales étaient d’importantes sources de commerces.
Le cépage cultivé à cette époque est l’Allobrogica, vraisemblablement proche du Pinot noir. Ce sont les invasions barbares et le cépage Gouais qui vont amener le Gamay, le cépage du Beaujolais ; il provient d’un croisement entre le Pinot noir et le Gouais.
La suite de l’amélioration du vignoble se fera en 1140 avec la création de Villefranche-sur-Saône. Cette ville est définie comme zone libre de taxes. Elle créer une rupture avec le lourd système de taxes bourguignonnes en place à l’époque. La seigneurie s’attire par là les faveurs de la bourgeoisie locale, créer un port pour aider le commerce.
Du XVIIème à aujourd’hui
Le véritable essor se fera à partir du XVIIème siècle par deux événements majeurs :
- L’abolition des taxes payées par les producteurs pour acheminer leurs produits
- L’ouverture du canal de Briare en 1642 qui permit l’acheminement des vins de Beaujolais par la Loire
Les crus comme Chénas ou Fleurie prennent en notoriété à partir du siècle suivant. Ces étoiles montantes vont amener la création d’autres vignes. Elles serviront à alimenter Paris et le reste de la France en vins « populaires ».
La crise du phylloxéra par la suite fut un difficile ralentissement dans la croissance de la production. L’arrivée du chemin de fer vers le milieu du 19ème siècle va donner un nouveau souffle au vignoble du Beaujolais, le transport étant considérablement amélioré.
En 1930, la région Beaujolais est rattachée administrativement à la région Bourgogne. Le début de ce siècle verra aussi l’arrivée des premières AOC reconnues par décrets mais c’est en 1951 avec l’avènement du Beaujolais Nouveau que la région va bénéficier de la notoriété qu’on lui connaît aujourd’hui.
Aujourd’hui le Beaujolais est considéré comme la deuxième AOC la plus connue dans le monde, après la Champagne. Elle est parmi les appellations les plus exportées puisque 46% de sa production est exportée vers plus de 150 pays différents.
Le vignoble est réparti sur 22 000 hectares et produit une moyenne de 1 100 000 hectolitres de vin par an via 12 AOC dont : Brouilly, Chénas, Chiroubles, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié, Saint-Amour et bien d’autres
La recette d’une réussite
Les cépages
Dans les productions du Beaujolais, on trouve deux cépages majoritaires :
- Le Gamay noir
Cépage spécialiste du Beaujolais, il livre, sur les terroirs du vignoble, l’expression la plus belle de son potentiel. C’est à ce cépage que les vins du Beaujolais doivent leur réputation mondiale, des vins d’une grande pureté - Le Chardonnay
Avec ses jolies grappes dorées, le Chardonnay s’exprime sur les terroirs des AOP Beaujolais et Beaujolais Villages pour donner de grands vins blancs aux arômes délicats de fleurs blanches ou de miel
Le terroir
Le vignoble s’étend sur 55km du Nord au Sud, enserré entre Lyon et Mâcon. Partant, à l’Ouest des derniers restes du Massif central, il descend jusqu’à l’Est sur la plaine de la Saône. Ici, on profite pleinement des reliefs du territoire étant donné que les ceps ne sont jamais cultivés en plaine pour ne rien perdre de l’ensoleillement et de la luminosité que procure l’exposition.
Les rangs des vignes couvrent les monts du Beaujolais à une altitude moyenne de 300 mètres qui peut culminer jusqu’à 900 mètres. Influencée par cette géographie particulière où l’eau est abondante, le beaujolais répond surtout à des caractéristiques géologiques particulières.
Quand on considère les 73 types de sols différents présents dans le vignoble, on se dit que la surface disponible est en fait relativement petite. Ces sols donnent une large palette d’expressions pour le Gamay, on peut les regrouper en deux types majoritaires :
- Les sols à dominantes argilo-calcaire et gréseux
Ces sols sont présents au Sud du vignoble dans le secteur des Pierres Dorées, le territoire de l’AOP Beaujolais, qualifié comme l’une des plus belles régions viticoles de France par les convaincus. Cette parcelle, constituée de calcaires du Bajocien (200 millions d’années), produit des vins opulents et suaves. - Les sols à dominante granitique
Depuis le Nord jusqu’à Villefranche-sur-Saône, les 38 communes de l’AOP Beaujolais-Villages disposent chacune d’une typicité grâce aux différentes sortes de granits qui composent leurs sols. Porphyres, schistes, diorites, débris graveleux nés il y a environ 250 millions d’années créé cette richesse. Cette caractéristique est partagée par les dix crus du vignoble qui évoluent aussi sur des sols très différents.
Des appellations reconnues
Reconnue en septembre 1937, l’appellation d’origine contrôlée « Beaujolais » est la plus emblématique et la plus grande. Entourant le Bois d’Oingt et prolongée au sud, en direction de Villefranche-sur-Saône, par un ruban frôlant la Saône jusqu’à la Chapelle-de-Guinchay, l’appellation représente 7000 hectares de culture et produit une moyenne de 320 000 hectolitres par an. On y produit du vin rouge, du rosé et du blanc à partir de Gamay et de Chardonnay même si d’autres cépages sont acceptés par le décret de l’appellation comme l’aligoté, le melon ou encore le pinot gris.
Beaujolais Nouveau, déjà culte
L’appellation Beaujolais a été propulsée dès 1951 par la création du Beaujolais Nouveau. La date de sortie de ce dernier est fixée le troisième jeudi du mois de novembre, elle devient un événement disposant d’une notoriété grandissante.
Le Beaujolais nouveau tient d’une macération courte et d’un subtil dosage entre les étapes de vinification qui en font un vin frais et friand. Les autres Beaujolais attendent le printemps afin de libérer tout leurs potentiels.
Villages, des vins plein de secrets
Dès qu’on le verse, on le devine franc et fruité comme un jour de liesse sur les places des villages qui le produisent. Le Beaujolais-villages est la première appellation de France à avoir utilisé le terme « villages ». Ce terme est juxtaposé à certaines appellations pour remplacer par une seule mention les différents noms de communes qui peuvent être rajoutés à l’appellation. Plus de 1700 opérateurs se partagent les 5 185 hectares de culture des 38 communes qui composent l’AOC Beaujolais-villages.
Issus de sols de granites et de sables, ils disposent d’une robe intense contenant des reflets cerise ou grenat associée à un nez de fruits rouges où dominent le cassis et la fraise. Une grande partie de la production est disponible en villages nouveau mais le reste se tient très bien en tant que vin de garde.
Brouilly, le vin à la française
Très influencé par ses 4 terroirs oscillant du granite rose aux substrats marno-calcaires, le Brouilly livre une robe d’un rubis intense et profond, des arômes plus fruités que floraux avec des évocations franches de petits fruits rouges, de prune voire quelques notes minérales qui restituent le bouquet du gamay. De ses tanins fondus, le cru que façonnent 400 viticulteurs offre finesse et joie. Singularité, aucune des communes de l’appellation ne porte son nom. Le plus étendu et le plus méridional des crus du Beaujolais puise sa dénomination du Mont Brouilly où siégeait Brulius, lieutenant de l’armée romaine.
Chénas, entrez dans la confidence
L’AOC Chénas fait partie des 10 crus du Beaujolais. Avec ses 265 hectares de production, c’est la plus petite aire de la région. Reconnu par l’INAO comme AOC en septembre 1936, il est produit à cheval entre les départements du Rhône et de la Saône-et-Loire.
On dit du Chénas qu’il sait réveiller le palais de saveurs épicées. Louis XIII en avait d’ailleurs fait son favori. Sur les pentes mouvementées de son territoire, les ceps de l’appellation nourrissent le plus rare des crus du Beaujolais, fin et racé.
Il présente une robe rubis teintée de grenat, des arômes floraux de pivoine et de rose nuancés de notes épicées et boisées en vieillissant.
Fleurie, la féminité du vignoble
Le Fleurie est reconnu comme appellation d’origine contrôlée depuis septembre 1936. Il est considéré comme le vin le plus féminin du vignoble du Beaujolais grâce à sa robe carminée.
Le Fleurie tire ses arômes d’iris, de rose, de violette et de fruits rouges de son sol de granite. Sa palette aromatique associe élégance, finesse avec un corps charnu et soyeux. Il est produit dans le département du Rhône, sur la commune de Fleurie.
Développée sur 600 hectares, l’appellation Juliénas est celle qui dispose de la plus forte diversité de terrains de tout le Beaujolais. Les communes concernées par l’appellation sont Juliénas, Emeringes et Jullié dans le Rhône ainsi que Pruzilly en Saône-et-Loire.
Le juliénas est l’un des plus septentrionaux des crus du Beaujolais avec le Saint-Amour un peu plus à l’est. Parfumé comme un printemps, il révèle vite un agréable bouquet de pêche et d’arôme floraux.
Issu d’un sol de schiste et de granit, ce vin nerveux s’apprécie aussi bien jeune qu’après quelques années de bouteille où il supporte très bien la marque du temps. C’est le vin de référence d’un certain nombre de connaisseurs qui en ont chanté les louanges.
Le Morgon tient son nom du village de Villié-Morgon qui s’épanouit au cœur de cette zone de crus. Disposant du titre d’AOC depuis 1936, le Morgon est issu d’un terroir particulier constitué de roches décomposées et de schistes friables.
Parmi les lieux de l’appellation, deux sont réputés pour leurs vins : La « côte du Py » et « les Charmes ».
La côte du Py est située au sud de Villié-Morgon, juste au-dessus du hameau du Haut-Morgon. C’est une colline de 358 mètres de haut et dont le sol est composé de « roches pourries » (terme local pour la couche meuble de sable couleur ocre présent à certains endroits).
Les Charmes, à l’Ouest de Villié-Morgon, forment un coteau orienté sud-sud-est planté sur des sols granitiques, filtrants avec des veines de schistes.
Le Morgon est un vin disposant d’un grand potentiel de garde. Il apporte de riches arômes pour une structure charnue et puissante.
Moulin-à-vent, la communion du vent avec la terre
Le Moulin-à-vent est une appellation produite sur une partie des communes de Chénas et de Romanèche-Thorins. Ce vin était vendu avant 1936 sous le nom de Romanèche-Thorins qui était considéré comme un cru du Beaujolais. C’est après 1936 et la reconnaissance de l’AOC qu’il prend son nom actuel.
Ce vignoble est parmi les seuls à ne pas être en même temps le nom d’une commune. La production du cru le plus prestigieux du Beaujolais est assurée par 300 producteurs différents sur 600 hectares. Autour d’une robe oscillant entre rubis profond et grenat sombre. Ce vin libère des arômes floraux et fruités, de violette et de cerise dans ses premières années. Il emprunte ensuite quelques saveurs communes à l’iris, aux épices et fruits mûrs. Un vin charpenté et complexe disposant d’un excellent potentiel de garde.
Saint-Amour, l’intensité de la tendresse
Le Saint-Amour est le cru du Beaujolais le plus au Nord. Il est produit uniquement sur la commune du même nom. La légende veut qu’il tienne son nom du soldat romain à l’origine du nom de la commune. L’appellation s’étend aujourd’hui sur 320 hectares.
Depuis ses terrains de granite, d’argile et de schiste, le Saint-Amour donne deux types de vins différents en fonction des techniques choisies par le producteur : des crus légers aux arômes très typés de pêche, de pivoine et des vins puissants plus gras, charpentés et marqués d’arômes de kirsch, d’épice et de réséda. L’apogée du Saint-Amour intervient 4 à 5 ans après la récolte. Il est très attendu à la Saint-Valentin.
