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Le Sud-Ouest

Une histoire haute en couleurs

Les Romains, colonisateurs de la Provence, de la Vallée du Rhône, avancent jusqu’au Sud-Ouest. Amateurs reconnus de vins, ils vont planter les premières vignes du Sud-Ouest. Le territoire dispose de beaux coteaux bien irrigués et de plusieurs axes pour la commercialisation du vin. Les conditions sont réunies pour l’établissement d’un vignoble prospère.

Le Moyen-âge

L’influence romaine facilitait les échanges commerciaux vers le reste de l’Europe, la chute de l’empire romain va ralentir ce système. Le clergé va vite prendre le relais dans la sauvegarde des vignes. En effet, ils utilisent le vin pour leur consommation personnelle et la messe ainsi que comme revenu majoritaire.

Les choses se compliquent à partir du VIIIème siècle avec les invasions Vikings. Ils pillent le vignoble et détruisent un certain nombre de paysages, la période est très difficile.

Par la suite, le vignoble va entamer une période de prospérité relative puisque de courte durée à cause de Bordeaux. En effet, après que l’Aquitaine soit entrée dans l’empire Anglais au XIIème siècle, Bordeaux devient le passage obligé pour les vins du Sud-Ouest à destination du Nord. Une partie de la production est transportée sur des bateaux longs courriers pour être vendus, le reste est acheté par des bordelais pour allonger leurs vins. Le bordelais garde le nom de bordeaux pour vendre, ce qui nuit à l’identité du Cahors, par exemple.

Le commerce reste néanmoins plutôt prospère, jusqu’en 1241. Henry III, nouveau roi d’Angleterre et fan des vins de Bordeaux, interdit aux vins du Sud-Ouest de rejoindre Bordeaux avant Noël. Le bordelais va s’approprier une bonne partie des segments qui alimentaient le Sud-Ouest.
Cette situation dope la vente des vins de Bordeaux. Elle enclenche une progression vers un processus de production plus moderne, plus qualitatif. En parallèle, l’émergence des « coffee-houses », lieu huppé en Angleterre, va réaffirmer un besoin de plus de qualité dans le vin importé. Bordeaux avec ses innovations (bouteille en verre, bouchon en liège, …) poursuit son chemin d’étoile montante du vin français.

L’époque contemporaine
Les vins de masse

En 1773, Louis XVI lève le couperet et met fin au privilège bordelais. Le problème majeur est que le Sud-Ouest a toujours besoin de Bordeaux et de son port pour ses expéditions. Mais la région de Bordeaux est très vite secouée par les guerres de révolution.

Plus aucun bordelais n’achète de Sud-Ouest comme vin de coupage, un segment important pour l’économie du vignoble disparait. On décide de cibler la classe ouvrière, de plus en plus friande de vins. Le problème est que cette cible nécessite des vins très bon marchés donc de moins bonne qualité. L’encépagement du vignoble fut dirigé vers la quantité plutôt que la qualité du rendu. Ce n’était pas le meilleur choix pour l’honneur du vignoble mais c’est celui qui lui a permis de survivre vis à vis de la difficulté de la situation.

Le XXème siècle

L’épisode du phylloxéra aura été particulièrement difficile pour le Sud-Ouest étant donné que la majeure partie des terres de la région étaient consacrées à la viticulture.

La seule technique qu’on trouva en France pour lutter contre l’invasion de ce petit insecte mangeur de vigne qu’était le phylloxéra fut l’utilisation de porte-greffe américain. Le problème était que cette technique n’était pas donnée et une bonne partie des petits paysans producteurs ne pouvaient pas se le permettre.

On réussit malgré tout à se débarrasser du problème et le XXème siècle sembla démarrer sur de meilleurs hospices. En effet, la production de masse de vins de table permit le développement d’un grand vignoble, à partir de cépages productifs dans des zones fertiles. Cette tendance discrédite totalement la vision qualitative de la zone mais elle est plus rémunératrice.

D’une façon assez paradoxale, le renouveau viendra d’une nouvelle catastrophe, la terrible période de gel de 1956. Le vignoble est encore sévèrement touché, une partie des vignes est détruite et seuls les plus téméraires décident de replanter. L’enthousiasme et la ténacité dont ont fait preuve ces viticulteurs vont être les vecteurs majoritaires de la renaissance du vignoble. Il retrouve peu à peu ses lettres de noblesse. En effet, la restructuration des vignes s’accompagne de changement dans l’encépagement. Il est désormais plus centré sur des variétés régionales et qualitatives.

Ce nouveau mouvement est vite consacré par l’arrivée de la dénomination AOC pour plusieurs des appellations du vignoble.

Un vignoble particulier

Il faut savoir que le Sud-Ouest fait partie des mastodontes de la production Française. La surface du vignoble a beaucoup changé pendant les époques en fonction des aléas qu’il a dû subir. Maintenant, il s’étend sur plus de 50 000 hectares. Le Sud-Ouest est, par contre, le seul dont le territoire est réparti équitablement entre les vignerons indépendants et les vignerons en coopératives.

La région produit une moyenne de 450 millions de bouteilles par an, dont 45% en IGP (indication géographique protégée), 30% en AOC (appellation d’origine controlée) et 25% en SIG (sans indication géographique).

Un terroir de contrastes

Le vignoble du Sud-Ouest se situe entre les reliefs du Massif Central au nord-Est, la chaîne pyrénéenne au Sud, et l’Atlantique à l’ouest. Le territoire offre des contrastes fascinantes d’un point de vue terroirs. Déjà, pour les cours d’eau, Le Lot, le Tarn, la Garonne et la Dordogne sont les grands fleuves qui circulent sur le territoire. Chacun est très important pour la bonne croissance de la vigne ainsi que pour les caractères aromatiques et gustatifs du vin.

Il en va de même pour les sols dont les compositions varient en fonction du terroir. On trouve notamment des sols argilo-calcaires, de boulbènes, de galets, d’argiles, de sables-fauves et de calcaires gréseux. Ces différents sols jouent un rôle primordial dans la typicité des vins du Sud-Ouest.

Le climat est le dernier critère de contraste entre les différentes parties du vignoble. Au Nord, dans le Lot et l’Aveyron, le climat est continental, marqué par des sécheresses estivales. Le coeur du Sud-Ouest (Gers, Tarn, …) est situé à mi-chemin entre l’Atlantique et la Méditerranée, il subit une double influence climatique à la fois continentale et océanique. C’est aussi le cas de la partie Sud du vignoble qui, situé entre les Pyrénées et l’Atlantique, doit joué avec la douceur et l’humidité de l’Atlantique alliées aux aléas du climat de la chaine de montagnes.

Le Sud-Ouest, berceau de cépages

Le Sud-Ouest est une région très particulière d’un point de vue cépages. La diversité de cépages est incomparable, il y en a près de 300 référencés dont 120 autochtones.

D’autre part, la région est reconnue comme étant le berceau de plusieurs cépages océaniques très répandus en France. La famille des cabernets, notamment le Cabernet Franc, est originaire des Pyrénées. Le Merlot a aussi été développé dans les alentours des Pyrénées.

De plus, le Sud-Ouest présente une grande variétés de cépages anciens, dont certains se sont aujourd’hui largement mondialisés. Ainsi, des noms tels que la Négrette, le Duras, le Tannat ou encore le Malbec préservent la personnalité marquée des vins rouges du Sud-Ouest ainsi que leur originalité. Les Colombard, Mauzac ou encore notamment le Manseng contribuent au potentiel insoupçonné des blancs secs et moelleux du Sud-Ouest.

Parmi les cépages les plus utilisés dans le Sud-Ouest, on trouve dans les rouges:

 

Cépages rouges Résumé
Cabernet Franc Probable fondateur de la famille des Carmenets, originaire de la partie basque des Pyrénées
Donne un vin fin et structuré aux parfums caractéristiques de framboise
Cabernet Sauvignon Le plus connu des Carmenets, principal ingrédient des Grands Crus médocains
Teneur élevée en pépins apporte la structure, la peau dense donne la couleur si caractéristique
Malbec Cépage le plus cultivé dans la région avant le phylloxéra, joue pour 70% des Cahors
Donne des vins élégants, parfumés, de longue garde
Duras L’un des plus vieux cépages cultivés dans le Tarn, un des fleurons de Gaillac
Donne un vin coloré, doté d’une bonne acidité et d’une finesse réelle
Fer Servadou Autre carmenets, distingué par sa couleur et ses baies au mûrissement tardif
Souvent utilisé dans les assemblages de Madiran et de Gaillac
Gamay Typiquement bourguignon, cépage quasi unique du Beaujolais
Donne des vins friands et très ronds, chaleureux et épicés
Merlot Descendant direct du Cabernet Franc, l’un des plus appréciés à travers le monde
S’exprime particulièrement bien sur des sols argilo-calcaires
Négrette Variété très ancienne et locale de la famille des Cotoïdes
Cépage très polyvalent, peux donner des rouges/rosés à apprécier jeune ou des vins de garde
Prunelard Père du Malbec et de la Négrette, petites grappes cylindriques
Vin de garde riche, charpenté et équilibré
Syrah Issu d’un croisement naturel entre la Mondeuse et le Dureza
Arômes complexes, des tannins puissants mais soyeux
Tannat Ingrédient central du Madiran (60% minimum) et du Saint-Mont (70% minimum)
Donne des vins nécessitant du vieillissement ainsi que d’autres un peu plus souples

 

Pour ce qui est des cépages blancs, on a:

 

Cépages blancs Résumé
Arrufiac Cépage presque disparu après le phylloxéra, composant du Pacherenc et du Saint-Mont blanc
Arômes raffinés et distinctifs
Baroque Presque exclusivement cultivé dans le département des Landes, autrefois connu dans toute la région
Jus riche en sucre, donne des vins vifs, frais, aromatiques
Chenin Originaire du Centre-Ouest, rapidement répandu dans le Sud-Ouest
Donne un vin très fruité avec beaucoup de bouquet, vif avec un grand potentiel de garde
Colombard Cépage typiquement Gascon, se développe beaucoup à l’échelle mondiale
Très utilisé dans les Côtes de Gascogne et pour l’élaboration de l’Armagnac
Courbu blanc & Petit courbu Deux variétés d’origine pyrénéenne, même famille mais caractéristiques distinctes
Ingrédients pour le Pacherenc et le Jurançon, ainsi que le Saint-Mont blanc pour le petit
Gros Manseng Originaire du piémont pyrénéen, cultivé sur 2000 hectares dans le Sud-Ouest
Utilisé pour le Jurançon sec, le Pacherenc, le Saint-Mont et bien d’autres
Loin de l’oeil Cultivé uniquement à Gaillac où il occupe de plus en plus de place
Donne de bons vins secs aux arômes floraux élégants, sert aussi pour des liquoreux
Mauzac Originaire de la vallée du Tarn
Donne des vins secs, moelleux ou effervescents, essentiellement à Gaillac
Ondenc Originaire de la vallée du Tarn, fut présent un temps jusqu’à l’Entre-deux-Mers
Aujourd’hui essentiellement présent à Gaillac où il donne de rares vins doux
Petit Manseng Possède des baies plus petites et une peau plus épaisse que son alter égo
Peut développer une forte teneur en sucre tout en conservant une acidité importante
Sauvignon blanc Implanté dans le Sud-Ouest en tant que cépage secondaire
Apporte des arômes intenses et une belle vivacité dans ses assemblages

 

Les appellations

Qu’ils soient rouges, blancs ou rosés, secs ou moelleux, les vins du Sud-Ouest proposent une large palette d’arômes à travers leurs appellations. Ils ont des caractères complémentaires qui permettent de les apprécier d’un bout à l’autre du repas. Parmi ces appellations on trouve notamment:

Bergerac

Situé au Sud-Ouest de la Dordogne, cette appellation couvre 3000 hectares de vignes. Le vignoble est implanté sur des sols variés de calcaires, de boulbènes, de calcaires, de sables et d’argiles. Elle produit des vins rouges, blancs et rosés.

Pour ce qui est des rouges, ils sont issus d’assemblages de deux cépages au moins. Les principaux cépages pour les Bergerac rouges sont le Cabernet Franc, le Cabernet Sauvignon, le Malbec et le Merlot. On sent l’influence du voisin bordelais dans l’encépagement des rouges.
Les rosés sont issus de macération courte. Ce sont généralement des assemblages de Merlot avec les deux cabernets. Ils sont frais, délicats, à la robe saumonée et à consommer dans l’année.

Les blancs, quand à eux, proposent aussi une grande palette gustative. Ils sont vifs et frais à boire jeune. Ils peuvent aussi disposer d’un gras plus présent qui se développera vers des touches légèrement acides avec le temps.

Buzet

A mi-chemin entre Bordeaux et Toulouse, l’appellation s’étend sur 1800 hectares à quelques encablures de la Garonne. Le terroir profite d’un climat océanique qui assure de très bonnes conditions d’expression pour les vignes. Les automnes, très ensoleillés permettent d’obtenir une certaine maturité du raisin, caractéristique essentielle pour l’appellation.
Les rouges sont obtenus à partir de Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Merlot ou Malbec, comme le Bergerac. La composition du sol du terroir va jouer un grand rôle pour les différencier.
Les rouges sont charnus et soyeux, ils n’ont pas à rougir vis à vis de certains voisins bordelais en terme de puissance et de profondeur.

Cahors

C’est à Cahors que l’on trouve la plus belle expression du Malbec. Cépage originaire de là-bas, il est le seul utilisé par l’appellation. Le vin produit a un caractère si unique qu’on lui attribua le nom de « Black wine » (ou le vin noir). Le climat est océanique et soumis aux influences méditerranéennes. A l’automne, le vent d’autan souffle un air chaud et sec venu du sud qui accompagne les baies jusqu’à leur pleine maturité. Le vin est frais et vif, développe des arômes de truffe et de sous-bois avec l’âge. La présence en bouche est marquée, les tannins sont veloutés. On peut le conserver dans les 3 à 5 ans, 10 pour les plus robustes.

Côtes de Gascogne

La Gascogne est située entre les Pyrénées au Sud, la Garonne est Nord et la forêt des Landes au Sud. La zone géographique de l’appellation correspond aussi, de manière intéressante au territoire l’appellation Armagnac. On a tendance à distinguer trois terroirs: celui de la Ténarèze (ancienne voie qui permettait de joindre Bordeaux aux Pyrénées), celui du Haut-Armagnac et celui du Bas-Armagnac.

Le premier est à dominante argilo-calcaire donnant des vins charpentés, gras et puissamment aromatiques. Le sol du second est composé de graves donnant aux vins blancs un équilibre et une certaine finesse. Le troisième repose sur des sols argileux ou sablonneux. Les blancs y sont réputés pour leurs arômes floraux, presque printaniers.

L’appellation produit 85% de blancs et 15% de rouges et rosés. Premier producteur d’IGP blancs en France et premier exportateur de vins blancs en France, le vignoble garde sa place atypique autour de ses voisins tous plus axés sur le rouge.

Madiran

L’appellation Madiran se situe au sein du Piémont pyrénéen, au nord-est de Pau, dans un univers de forêts et de vignes. Il est intéressant de noter que sur les 1300 hectares du vignoble, on produit un type de vin, du rouge, avec un seul cépage, le Tannat.
Le rouge est singulier, intense, riche. Ample et dense, il est caractérisé par une belle fraicheur, des tannins soyeux et des notes d’épices. A garder au moins 3 ans, 10 pour les plus robustes.

Monbazillac

Plus grande appellation de liquoreux au monde, le Monbazillac est un vin très élégant qui révèle un bouquet puissant aux nuances de miel d’acacia et d’épices. On trouvera deux types de Monbazillac. le classique et la sélection grains nobles. Le premier présente une teneur en sucre qui se situe dans la première tranche des liquoreux, il trouvera toute sa place à l’apéritif ou avec certains mets. Le second affiche d’emblée une teneur en sucre supérieure à 85 grammes et s’appréciera avec un dessert ou même en dégustation pure.

Pacherenc

Pacherenc fait partie des rares appellations du Sud-Ouest ne produisant que du blanc. Certains considèrent ce petit vignoble comme le Madiran des vins blancs. Niché au pied des Pyrénées, il partage le territoire avec le Madiran et dispose donc du même climat. Le moelleux est frais et équilibrés, se conserve au moins 5 ans jusqu’à plus de 15 ans pour certains. Le sec est souple et frais, avec des arômes floraux et d’agrumes.

Saint-Mont

Les 1 100 hectares du vignoble de Saint-Mont sont situés sur les premiers coteaux du Piémont Nord Pyrénéen. Les sols sont constitués de sables fauves, d’argiles bigarrées et de galets. Le climat est principalement sous influence océanique, avec des étés chauds et des automnes doux et ensoleillés qui favorisent une maturation lente des raisins.
Les cépages utilisés pour cette appellation sont tous ancestraux et autochtones, tous originaires de cette partie du Piémont. Pour les vins rouges on a : Tannat, Pinenc, Cabernets Franc et Sauvignon. Pour les vins blancs on a : Arrufiac, Petit Courbu, Petit et Gros Manseng.